Juillet chaud pour les taux

économie fond

08 juillet 2022

Mercredi prochain, le 13 juillet, le gouverneur de la Banque du Canada et ses sous-gouverneurs devront prendre une des plus importantes décisions à propos du taux directeur. Dans un contexte économique hors du commun où l’inflation ne baisse pas et où l’économie se maintient, ils devront décider soit d’augmenter drastiquement le taux directeur jusqu'à 0,75% et risquer une récession ou soit de l’augmenter faiblement de 0,25%, pour éviter à court terme une récession en laissant l’inflation suivre son cours aussi élevée soit-elle.

Vous l’aurez compris, peu importe la décision, nous ne sommes pas très loin d’une récession.

Considérant le rôle premier de la Banque du Canada qui est de maintenir le taux d’inflation autour de 2%, il y a de fortes chances que cette décision penche vers une augmentation substantielle du taux directeur. Les deux dernières augmentations de 0,5% n’ayant pas réussi à diminuer l’inflation, il est de plus en plus probable que notre banque centrale augmente de 0,75% comme l'a fait la FED, banque centrale des États-Unis, à la mi-juin.

 

POUR LES CONSOMMATEURS ET LES ENTREPRISES CANADIENNES, L’INFLATION EST DES PLUS INQUIÉTANTE

Selon les 2 derniers sondages commandés par la Banque du CanadaEnquête sur les attentes des consommateurs au Canada et de l’Enquête sur les perspectives des entreprises, les consommateurs et les entreprises s'inquiètent de plus en plus de l'inflation élevée au cours du dernier trimestre. La hausse du coût des aliments et du carburant est en tête des éléments inflationnistes particulièrement inquétants et la Banque  du Canada devrait donc intervenir pour contrer cette inflation. Même si elle peut s'avérer brutale, l’augmentation des taux d’intérêt est pratiquement le seul outil à la disposition des banques centrales pour contrer l’inflationAux États-Unis, la Fed a déjà privilégié cette méthode à la mi-juin en y allant avec une augmentation des taux d'intérêt de 0,75%, la plus forte en 30 ans. Elle pourrait même récidiver à sa prochaine réunion. Dans les circonstances, il est plus que probable que la Banque du Canada relève aussi son taux directeur de 75 points de base le 13 juillet. Il sera donc difficile d’éviter la récession considérant que les principaux facteurs inflationnistes que sont le carburant et l'alimentaion sont insensibles à ces augmentations. Leur coût ne baissera pas juste parce que les taux d’intérêt deviendraient plus élevésLeur prix n’est pas décidé au Canada et est plutôt régi par des instances internationales et est tributaire de ce qui se passe dans le monde comme la guerre en Ukraine par exemple. 

L'augmentation des taux d'intérêt aura sûrement plus d’impact au niveau de l'immobilier avec un ralentissement qu'on commence déjà à observer par rapport aux records des derniers mois, mais ce n’est pas nécessairement ce qu’on souhaite dans un marché où il y a déjà une pénurie de logements. 

 

 

L’ÉCONOMIE CANADIENNE N’EST PAS AU BOUT DE SES FORCES

Malgré les prévisions économiques, le Canada réussit à se maintenir en croissanceSelon Statistique Canada, la croissance du mois d’avril provient des secteurs de l’extraction minière, de l’exploitation en carrière et de l’extraction de pétrole et de gaz, ainsi que des industries traitant directement avec le public. Au mois de mai, le produit intérieur brut réel a progressé de 0,3 % alors qu’on prévoyait plutôt une contraction de 0,2% (la prochaine mise à jour du PIB sera le 29 juillet). En misant sur la force de l’économie et sur des augmentations des taux d'intérêt moins élevés que les 0,75% anticipés, nous aurions probablement plus de chances d’éviter une récession.

 

Conclusion

L’économie canadienne est peut-être plus forte qu’on le croit. C'est probablement ce que diront les décideurs de la Banque du Canada lorsqu’ils prendront la décision d’augmenter le taux directeur pour contrer l’inflation. Une augmentation de 0,75% du taux directeur est de plus en plus possible et viendrait donner un vrai coup de frein à l’investissement immobilier qui commençait déjà à ralentir. Un de mes outils préférés pour évaluer la possible augmentation du taux directeur et des taux d'intérêt est d’observer le comportement des mortgages bonds. Généralement, lorsqu'ils augmentent, c’est le signe que les taux hypothécaires vont augmenter. Or, malgré toutes les prévisions pessimistes des dernières semaines, ils ont baissé de .43% depuis 2 semaines. Ce qui vient contredire une augmentation probable de 0,75%. La décision de baisser les Mortgage Bonds est peut-être le signe que les prêteurs, de leur côté, souhaitent continuer à prêter (aujoujourd'hui, ils augmentent un peu). De toute façon, il y a très peu de chances qu’il n’y ait pas d’augmentation du taux directeur le 13 juillet et les risques de récessions seront à la hauteur de l’augmentation.

Selon une nouvelle étude du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA), la Banque centrale a eu un taux de réussite de zéro pour cent avec cette approche d'augmenter drastiquement les taux d'intérêt dans le but de contrer une inflation élevée ces 60 dernières années. Pendant cette période, l'inflation annuelle a diminué de 5,7 points de pourcentage à trois reprises. Des baisses attribuables à de fortes hausses de taux d'intérêt et ... une récession à chaque fois! En définitive, c’est probablement plus la récession qui finit par venir à bout de l’inflation.

 

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