La Banque du Canada fait-elle fausse route sur les taux?

 

Banque du Canada taux directeur 2022

Publié le 24 juin 2021 / Mise à jour 29 juin 2021

 

Selon la Banque du Canada, il n'y aurait pas d'augmentation du taux directeur avant le second semestre de 2022 or, selon certains économistes, il pourrait même y avoir une augmentation du taux directeur dès l’automne 2021. Une chose est certaine, la dernière projection de la Banque du Canada d’une augmentation possible du taux directeur au deuxième semestre de 2022 semblent difficile à croire. En début de pandémie tout le monde croyait que tout était pour s’écrouler et je suis convaincu que personne ne croyait à une reprise aussi vigoureuse et rapide que ce l’est actuellement. Les indicateurs d’une inflation prolongée sont présentement au rouge. S’il est possible que ce soit seulement un été inflationniste, plusieurs facteurs qui ont poussé l’inflation à 3,6% semblent difficiles à faire revenir à la normale avant un bon bout de temps.  Nos institutions ne sont  pas infaillibles. Nous l’avons constaté quand le président de la SCHL avait prédit une baisse de 12 à 20% de la valeur des actifs immobiliers. Quelques mois plus tard il a dû quitter son emploi. Nous n’avons jamais vécu d’aussi forte hausse dans l’immobilier

 

L’AUGMENTATION DE L’INDICE DES PRIX À LA CONSOMMATION À LA HAUSSE

Les derniers chiffres de Statistique Canada indiquent que le taux d'inflation au Canada a atteint 3,6 % en mai, un sommet depuis 10 ans. Cette augmentation s'explique par la croissance accélérée des coûts du logement, de l'énergie, des véhicules, du tourisme et des biens de consommation.

Quelques chiffres par secteur:

  • Les coûts de logement : une augmentation de 4,2 %. (Statistique Canada a déclaré qu'il s'agissait du rythme le plus rapide depuis le plus fort de la grande crise financière en 2008.)

  • Les coûts des meubles et appareils électroménagers ont augmenté de 4,4 %. 

  • Les coûts de transport ont enregistré une augmentation de  7,6%. 

  • Les coûts des soins de santé et des soins personnels ont augmenté de 3,1 %, 

Si une partie de cette inflation est attribuable à la saison et au retour plus rapide à la normale, elle est aussi due à l’incapacité de suffire à la demande en raison des difficultés d’approvisionnement. Une difficulté qui ne devrait pas se régler avant longtemps et dont nous ne ressentons pas encore complètement les effets. Il manque aussi d'employés. Mais où sont passé tous les travailleurs. C’est incroyable d’entendre les dirigeants d’entreprises me dire qu’ils ne sont pas capables d’embaucher. Personne n’applique, et cela même avec des salaires plus élevés. De combien d’entreprises avez-vous entendu dire qu’ils sont en manque de "stock".  J’imagine que vous l’avez remarqué, le gaz, l’épicerie, etc. tout à augmenté et de façon significative.

 

 

LES ENTREPRISES FRAPPÉES PAR LA CRISE DEVRAIENT AUGMENTER LEUR PRIX

Les entreprises frappées par la crise chercheront à refiler la facture aux consommateurs. La demande est au rendez-vous, mais le coût des acquisitions a augmenté, en toute logique administrative ces coûts devraient se transférer sur la facture du consommateur.

La rareté de la main-d’œuvre dans certains secteurs est telle qu’elle risque en fin de compte de faire grimper les coûts pour les consommateurs, avertit le Conseil du patronat du Québec (CPQ). Ces facteurs pourraient finalement maintenir une pression à la hausse sur l’inflation.

 

CONSÉQUENCES POUR LES INVESTISSEMENTS IMMOBILIERS

Augmentation des taux hypothécaire en vue

 

Dans notre article LE MARCHÉ OBLIGATAIRE À SURVEILLER, AUGMENTATION DES TAUX HYPOTHÉCAIRES EN VUE. Nous expliquions le lien entre les taux obligataires et les taux hypothécaires. Les taux de rendement des obligations augmentent depuis le début de 2021 et fait des sursauts à chaque nouvelle économique. Les banques s’ajustent à ses augmentations en augmentant leur taux hypothécaire fixe. Combiné au test de résistance hypothécaire plus strict, on devrait voir un ralentissement du marché immobilier en surcharge.

Le marché immobilier Canada en chiffres

  • Le prix moyen des maisons a augmenté de près de 42% en moins de 12 mois

  • Le nombre de nouveaux prêts hypothécaires a augmenté de 41,2 % par rapport à la même période l’an dernier, au début de la pandémie.

  • Les coûts de remplacement par le propriétaire, qui comprennent les prix des logements neufs, ont augmenté de 11,3 % d’une année à l’autre en mai, ce qui était leur plus forte augmentation depuis 1987. 

  • Selon Statistique Canada, les prix ont augmenté pendant 16 mois consécutifs, alors que les acheteurs recherchent des maisons plus grandes et que les coûts des matériaux de construction ont augmenté.

  • L’indice d’accès à la propriété (AP) était à 88,2, un recul de 16,9 % comparativement au même mois en 2020. C’est le dixième mois de suite que l’indice AP affiche une baisse. Ce mois-ci, ce recul est le plus fort observé depuis 5 ans. 

En ce moment, les bas taux d’intérêt ne compensent pas l’augmentation des prix des maisons unifamiliales.

Pour notre part, nous travaillons avec les CMB (coût des obligations hypothécaire) pour déterminer le taux d’intérêt. Juste pour vous donner une idée de grandeur, le 11 juin dernier le coût était de 1.17%, ce matin le 21 juin le taux est de 1.31%. Une augmentation de .14% en 2 semaines seulement, c’est énorme et c’est un bon indice qu’il se passe quelque chose de plus durable.

Si vous avez des renouvellements ou des achats à faire, je vous conseille de les faire le plus rapidement possible. 

CONCLUSION

Il est possible que la Banque tolère une inflation à la hausse pour suivre ses prédictions. Cependant, la hausse des prix des logements pourrait continuer à nuire à l'indice d'accès à la propriété (AP) et les taux hypothécaires fixes risquent de remonter avant les ajustements du taux directeur. Les augmentations du taux directeur devraient se poursuivre graduellement en 2023 et pourraient atteindre 2% en 2024.

Si je me permets d’avoir des doutes quant aux déclarations de la Banque du Canada, c’est surtout une question d’expérience (30 ans d’expérience dans le financement commercial et multilogement). C’est vrai que nous sommes dans une période historique d’incertitudes, mais il y a tellement d'indices que le taux directeur devrait monter plus tôt qu’il m’est difficile de croire les dernières déclarations de Banque du Canada à cet effet.

NOUS SOMMES MEMBRES DE